Journée internationale du chat noir : d’où vient cette réputation, et pourquoi elle ne tient pas
Le 17 août, c’est la journée internationale du chat noir. Une date née aux États-Unis sous le nom de Black Cat Appreciation Day, reprise depuis dans plusieurs pays pour une raison précise : dans les refuges, les chats noirs restent statistiquement les derniers choisis. Ce n’est pas une légende urbaine, c’est un constat que font année après année les bénévoles de terrain.

Une date née pour combattre une discrimination réelle
La SPA britannique a rendu un chiffre qui donne le vertige : 70 % des chats abandonnés outre-Manche sont noirs. Elle pointe aussi une explication très concrète, presque triviale : sur les photos et selfies partagés pour trouver une famille, un pelage noir ressort mal et attire moins l’œil qu’une robe rousse ou tigrée.
La France ne publie pas de statistique nationale équivalente, mais le constat des refuges converge. Les bénévoles de la SPA de Nîmes le confirment sans détour : les chats noirs sont les mal-aimés de l’adoption, et selon une étude britannique relayée par le vétérinaire Pierre Fabing, un chat noir reste en moyenne deux à trois fois plus longtemps en refuge qu’un chat d’une autre couleur. Le phénomène a même un nom outre-Atlantique, le Black Cat Syndrome, et il touche aussi les chiens noirs sous l’appellation Black Dog Syndrome.
D’où vient vraiment la mauvaise réputation du chat noir
L’origine est datée avec une précision presque troublante. En 1233, le pape Grégoire IX publie la bulle Vox in Rama, un texte qui décrit des cérémonies hérétiques mêlant humains et animaux, dont un grand chat noir présenté comme une incarnation du mal. À partir de ce texte, l’historien Éric Baratay explique que l’Europe associe progressivement les chats, et particulièrement les chats noirs, aux sorcières et à la sorcellerie. L’idée s’enracine si profondément qu’elle traverse encore les superstitions actuelles, huit siècles plus tard.
Cette diabolisation n’a pourtant rien d’universel. Dans l’Égypte antique, le chat est un animal sacré, associé à la déesse Bastet et parfois embaumé après sa mort. Au Japon, le chat noir est au contraire perçu comme un porte-bonheur, en particulier pour les femmes célibataires. La peur qui entoure le chat noir en Europe est une construction culturelle localisée dans le temps et dans l’espace, pas une vérité universelle sur l’animal. Cette superstition a d’ailleurs des effets très concrets encore aujourd’hui : ARGOS42 a documenté le cas de la ville de Terrassa en Espagne, qui suspend chaque année l’adoption de chats noirs à l’approche d’Halloween pour éviter qu’ils ne servent d’accessoires ou soient exposés à des rituels irresponsables.
Trois idées reçues, passées au crible
« Un chat noir porte malheur. » Aucune donnée ne relie la couleur d’un pelage à un quelconque pouvoir sur le destin de qui le croise. C’est une croyance héritée du Moyen Âge, transmise sans jamais être vérifiée, qui a simplement traversé les siècles par habitude culturelle.
« Il n’est pas photogénique. » C’est un biais technique, pas une caractéristique du chat. Un pelage sombre absorbe la lumière et rend les traits du visage moins lisibles sur un smartphone mal réglé. Le chat n’y est pour rien, l’éclairage si.
« Il est plus sauvage ou plus distant. » Rien ne relie la couleur de la robe au tempérament. Un chat noir peut être aussi câlin, joueur ou indépendant qu’un chat roux, tigré ou tricolore. Le caractère se forme avec le vécu de l’animal, pas avec sa pigmentation.
Ce que dit la loi française sur l’abandon
Abandonner un animal n’est pas un geste anodin aux yeux du droit français. Depuis la réforme du Code civil de 2015, l’animal est reconnu comme un être vivant doué de sensibilité, et l’article 521-1 du Code pénal traite l’abandon comme un acte de cruauté à part entière, au même titre que les sévices graves. La peine encourue est de trois ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende, avec des sanctions complémentaires possibles comme l’interdiction de détenir un animal. Ce cadre est le fruit d’une lente construction juridique : ARGOS42 retrace 176 ans d’évolution du droit animal en France depuis la loi Grammont de 1850, première loi française à sanctionner la maltraitance animale.
C’est précisément ce terrain que couvre ARGOS42 : veille sur les textes, accompagnement des situations de maltraitance, plaidoyer pour durcir un cadre encore jugé insuffisant par plusieurs parlementaires face à l’ampleur du phénomène.
Adopter un chat noir : ce qu’il faut savoir avant de se lancer
Adopter un chat noir ne demande aucune précaution particulière, ses besoins sont strictement les mêmes que ceux de n’importe quel autre chat. Quelques repères utiles avant de passer la porte d’un refuge :
- Le pelage noir change l’entretien, pas le caractère. Un chat noir perd ses poils comme les autres, ils sont simplement plus visibles sur un canapé clair.
- Vérifiez l’exposition au soleil. Un pelage sombre absorbe davantage la chaleur, un chat noir qui a accès à l’extérieur appréciera un coin d’ombre en été.
- Passez par un refuge ou une association plutôt qu’un particulier inconnu. Les refuges vaccinent, stérilisent et identifient l’animal avant l’adoption, ce qui sécurise autant le chat que l’adoptant.
- Prenez le temps de rencontrer l’animal. Le tempérament d’un chat se juge sur son comportement en présence, jamais sur la couleur de sa robe.
ARGOS42 n’étant pas un refuge, l’association ne place pas d’animaux directement. Pour adopter, le plus simple reste de contacter une association de protection animale de votre région, en pensant aussi aux chats noirs qui attendent souvent plus longtemps qu’un compagnon roux ou tigré.

Ce que ça change concrètement dans les refuges
Un chat qui reste plus longtemps en refuge, c’est une place occupée plus longtemps, une charge supplémentaire pour des structures déjà saturées, et un animal qui attend plus longtemps une famille alors qu’il n’a strictement rien fait pour mériter cette attente. Le problème est amplifié par un autre facteur bien identifié par les associations de terrain : le manque de stérilisation, qui multiplie les portées non désirées et donc le nombre de chatons noirs à placer chaque année.
Ce qu’ARGOS42 défend au-delà du 17 août
ARGOS42 n’est pas un refuge et ne place pas d’animaux directement, l’association agit en amont : plaidoyer pour la stérilisation des chats libres, sensibilisation dans les écoles, veille juridique contre les pratiques qui alimentent l’abandon. Mais un chat noir qui attend plus longtemps en refuge, c’est exactement le type de conséquence concrète que ce travail de fond cherche à réduire.
Le geste le plus utile aujourd’hui reste individuel : si vous envisagez une adoption, poussez la porte du refuge en pensant aussi aux chats noirs. Et si vous voulez soutenir ce combat sans adopter, relayer cet article ou signer nos pétitions y contribue tout autant. Retrouvez aussi nos conseils gratuits pour l’adoption et l’ensemble de nos articles sur les chats.
Questions fréquentes
Le chat noir porte-t-il vraiment malheur ?
Non. Cette croyance remonte à la bulle papale Vox in Rama de 1233 et à l’assimilation médiévale des chats noirs à la sorcellerie. Aucune donnée ne relie la couleur d’un animal à un quelconque effet sur le destin de son entourage.
Pourquoi les chats noirs sont-ils moins adoptés ?
Une combinaison de superstitions persistantes et d’un biais visuel : un pelage noir ressort moins bien en photo, ce qui réduit sa visibilité sur les plateformes d’adoption en ligne.
Le chat noir a-t-il un caractère différent des autres chats ?
Non, la couleur du pelage n’a aucun lien établi avec le tempérament. Un chat noir peut être aussi affectueux, joueur ou indépendant que n’importe quel autre chat.
Comment adopter un chat noir ?
En s’adressant à un refuge ou une association de protection animale plutôt qu’à un particulier inconnu : l’animal y est vacciné, stérilisé et identifié avant l’adoption. ARGOS42 ne place pas d’animaux directement mais oriente vers ses partenaires et ses conseils d’adoption.
Que risque-t-on en abandonnant un chat en France ?
L’abandon d’un animal domestique est un délit puni par l’article 521-1 du Code pénal : jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende, avec possibilité d’interdiction de détenir un animal.
2 réponses

Les chats noirs sont de pures merveilles. J’en ai eu plusieurs (et en ai encore) au fil des années. Ils sont beaux, intelligents, très proches des humains. Tiens, comme tous les chats en fait !
Ne vous lassez pas de les observer et de les admirer, ils le méritent grandement
Merci pour ce témoignage, c’est exactement le genre de retour qu’on aime lire un 17 août.
Vous confirmez ce que les refuges constatent année après année : les chats noirs restent statistiquement les derniers choisis à l’adoption, alors que rien ne les distingue des autres sur le plan du caractère. C’est purement une question de génétique du pelage, pas de tempérament.
On continue à pousser pour que ces mythes tombent et que l’adoption se fasse sur autre chose que la couleur d’une robe. Belle continuation avec vos chats noirs.


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