Journée internationale du chien : les animaux ne sont pas des marchandises

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Chaque 26 août, les mêmes photos reviennent. Un labrador qui sourit sur fond de ciel bleu, une citation attribuée à personne en particulier sur la fidélité canine, un hashtag qui tourne pendant douze heures puis disparaît. La journée internationale du chien est devenue, avec le temps, une occasion marketing presque comme une autre. Des marques d’alimentation animale en profitent pour lancer une promotion. Des comptes Instagram publient des compilations. Et pendant ce temps, dans les mêmes fils d’actualité, des milliers d’annonces continuent de vendre des chiots comme on vend des meubles, avec une photo, un prix, et parfois une livraison à domicile.

ARGOS42 a choisi de faire autre chose de cette date. Pas une célébration, un état des lieux. Parce qu’en France, en 2026, un chien continue de s’acheter comme un objet dans trois circuits bien identifiés, malgré une loi qui l’interdit depuis presque cinq ans.

Journée internationale du chien 2026, campagne ARGOS42 contre la vente en ligne d'animaux

Une loi qui existe depuis 2021, et qui n’a jamais vraiment pris

Il faut remonter au 30 novembre 2021 pour trouver le texte fondateur. La loi contre la maltraitance animale de cette année-là encadre précisément la cession de chiens et de chats en ligne : seuls les éleveurs déclarés et les professionnels enregistrés ont le droit d’en proposer à la vente sur internet. Un particulier sans numéro d’identification n’est pas censé pouvoir publier une annonce.

Depuis le 1er janvier 2024, l’interdiction s’est étendue aux animaleries elles-mêmes, qui n’ont plus le droit de vendre de chiens ni de chats dans leurs locaux, conformément à larticle L.214-6-3 du code rural. Bien que l’interdiction date de 2024, le texte initial souffrait d’un manque de sanctions applicables pour les établissements contrevenants. Le gouvernement a corrigé ce manque avec un décret publié le 4 août 2026, qui punit désormais toute vente illégale d’un chien ou d’un chat en animalerie d’une amende pouvant aller jusqu’à 1 500 € par animal (3 000 € en cas de récidive).

 

Sur le papier, tout est là. Le cadre juridique existe, il est même relativement ancien pour une loi de protection animale française, cinq ans, ce qui est long à l’échelle de ce secteur législatif. Dans les faits, ce cadre s’est heurté à quelque chose que le législateur n’avait visiblement pas anticipé : la capacité du marché à trouver des contournements plus vite que l’administration ne trouve des moyens de les fermer.

Le click and collect, ou comment vendre un chiot sans jamais le vendre en magasin

La première brèche a un nom presque absurde tant il rappelle la livraison de courses. Le « click and collect ». Plusieurs animaleries, empêchées de vendre en boutique depuis 2024, ont simplement déplacé la transaction : le chiot se commande en ligne, et se retire en magasin, comme un colis Amazon qu’on récupère au comptoir. Le contrat de vente n’a jamais lieu dans le magasin, donc l’interdiction, techniquement, n’est pas violée. L’esprit de la loi, lui, l’est complètement.

Le député Bruno Bilde a interpellé la ministre de l’Agriculture sur cette dérive, en rappelant une évidence qu’on aurait pu croire inutile de rappeler en 2026 : un animal ne devrait pas s’acheter en ligne comme un simple objet. Sa collègue Constance Le Grip a repris le sujet un peu plus tard, en s’appuyant sur un chiffre qui mérite qu’on s’y arrête. Le baromètre 2026 de la fondation 30 Millions d’Amis, réalisé avec l’IFOP et publié le 9 février dernier, montre que 86 % des Français sont favorables à l’interdiction totale de la vente en ligne d’animaux, tous circuits confondus. Ce n’est pas une opinion minoritaire portée par quelques associations. C’est une écrasante majorité de la population qui demande une mesure que la loi actuelle ne permet toujours pas d’appliquer complètement.

Le décret publié le 1er août 2026, qui sanctionne désormais la vente illégale en animalerie jusqu’à 1500 euros d’amende, a été présenté comme une avancée, et c’en est une. Mais il ne dit rien sur le click and collect. La brèche reste ouverte, et rien n’indique à ce jour qu’elle sera comblée dans les prochains mois.

protéger les animaux en adoptant en refuge
chien dans un refuge

Sur les réseaux sociaux, un marché parallèle qui continue de grossir

La deuxième brèche est peut-être la plus difficile à combattre, parce qu’elle n’a pas de frontière physique. Les réseaux sociaux et les sites d’annonces généralistes continuent d’héberger des dizaines de milliers de publications proposant des chiens et des chats à la vente, souvent sans numéro d’identification, souvent sans les garanties sanitaires que la loi impose.

La députée Corinne Vignon, qui porte par ailleurs la proposition de loi sur les salons du chiot que soutient ARGOS42, a porté ce sujet à l’Assemblée en s’appuyant sur le travail d’une association toulousaine, Le Chat Libre, engagée depuis 1983 dans la stérilisation et la protection des chats errants. Leurs constats donnent la mesure du problème : plus de 10 000 annonces non conformes recensées, concernant plus de 26 000 animaux, en infraction directe avec les articles L.212-10 et D.212-69 du code rural. Il s’agissait, au moment du dépôt de la question, de la quatorzième plainte déposée par cette association pour les mêmes pratiques. Quatorzième. Pas la première, pas la deuxième. La quatorzième, sans qu’aucune mesure corrective significative n’ait été prise par les plateformes concernées.

C’est ce chiffre qui dit tout, en réalité. Le problème n’est pas un vide juridique, la loi de 2021 existe et elle est claire. Le problème est un vide dans l’application, un décalage entre ce que le droit prévoit et ce que les plateformes laissent réellement passer.

Le salon du chiot, la version physique du même problème

La troisième brèche a un visage plus concret, celui d’un hall d’exposition rempli de box, où des chiots sont présentés côte à côte comme des articles de foire, prêts à repartir dans la voiture du premier acheteur venu. ARGOS42 a déjà obtenu l’annulation de plusieurs de ses salons du business de l’animal : à Yves, Avignon, Dijon, Antibes, Caen, Cambrai, et de nombreuses communes, que nous publions sur notre carte des victoires salons du chiot. Ce type d’événement reproduit, en version physique et en un week-end, exactement ce qui se joue en ligne toute l’année : un animal présenté comme un produit interchangeable, sans lien avec l’élevage responsable, sans regard sur les conditions dans lesquelles il a été reproduit et transporté jusque-là.

Mais un salon annulé dans une ville n’empêche pas dix autres de se tenir ailleurs le mois suivant.

Ce qui relie ces trois circuits

Click and collect, réseaux sociaux, salons du chiot. Trois formats différents, un seul point commun : ils traitent tous l’animal comme une marchandise qu’on commande, qu’on retire, qu’on emporte, sans que rien dans la transaction ne ressemble à un véritable accueil réfléchi. La loi de 2021 avait posé un principe clair. Cinq ans plus tard, l’application de ce principe reste largement à faire, circuit par circuit, plainte par plainte, dossier par dossier.

Le règlement européen 2026/1818, publié au Journal officiel de l’Union le 10 août dernier, encadre en théorie les annonces de vente en ligne à l’échelle des vingt-sept pays membres. C’est un pas dans la bonne direction sur le papier. Mais son calendrier d’application s’étale sur plusieurs années, lançant à un marché qui a déjà montré sa capacité à s’adapter plus vite que la réglementation ne progresse.

ARGOS 42 agit pour les droits des animaux

Ce que fait ARGOS42, dossier par dossier

ARGOS42 ne gère pas de refuge, ne recueille pas d’animaux dans des locaux. Le choix fait depuis la création de l’association est celui de la sensibilisation, du contentieux et du plaidoyer/lobbiyng, un choix qui prend tout son sens face à ce type de problème structurel. On n’arrête pas des milliers d’annonces illégales une par une. On fait annuler un salon devant un tribunal, ce qui crée un précédent que d’autres associations peuvent invoquer ailleurs. On documente les infractions constatées sur le terrain, pour construire des recours qui pèsent au-delà d’un cas isolé.

Une journée internationale du chien, à elle seule, ne change rien à ce système. Mais elle offre l’occasion de rappeler, chaque année à la même date, que la question n’est pas de savoir si on aime les chiens. Tout le monde, ou presque, répondra oui à cette question le 26 août. La vraie question est de savoir si le droit français traite réellement un chien comme un être sensible ou comme un bien qu’on commande en trois clics. En 2026, la réponse honnête est : pas encore complètement.

Questions fréquentes

Est-il légal d’acheter un chien en ligne en France ?
Seuls les éleveurs déclarés et les professionnels enregistrés peuvent légalement céder un chien en ligne, depuis la loi du 30 novembre 2021. La majorité des annonces constatées par les associations ne respecte pas ce cadre.

Le click and collect pour les chiots est-il légal ?
Il exploite un vide dans l’application de l’interdiction de vente en animalerie, entrée en vigueur le 1er janvier 2024. Plusieurs députés ont interpellé le gouvernement sur ce contournement, sans qu’aucune fermeture de la brèche n’ait encore été actée.

Combien de Français sont favorables à l’interdiction totale de la vente en ligne d’animaux ?
86 %, selon le baromètre 2026 de la fondation 30 Millions d’Amis réalisé avec l’IFOP, publié le 9 février 2026.

Combien d’annonces illégales de vente d’animaux ont été recensées par les associations ?
Le Chat Libre à Toulouse, a recensé plus de 10 000 annonces non conformes concernant plus de 26 000 animaux, et a déposé sa quatorzième plainte pour ces pratiques.



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