Salon du chiot : des témoignages qui alertent

Avatar de Solenn Guerbert-Manescau

Chaque année, des salons du chiot se tiennent dans toute la France. Ces événement réunissent plusieurs élevages sur un même lieu, le temps d’un week-end. Ils sont présentés comme une occasion de rencontrer plusieurs races et de repartir directement avec un compagnon. Pourtant, ces événements sont régulièrement pointés du doigt par des associations de protection animale. Argos42 est fortement opposée à ces manifestations qui favorisent des achats impulsifs et rendent les origines difficiles à retracer.

Nous recevons d’ailleurs de nombreux témoignages au sujet de ces salons. Nous en avons sélectionné trois que nous avons décidé de retranscrire dans cet article. Ces témoignages ont été anonymisés à la demande des personnes concernées. Ce sont trois histoires différentes, mais avec un même point de départ : un achat décidé en quelques minutes, devant un stand.

chiot en cage salon du chiot

Crédit : Nima Naseri (Unsplash)

Une sortie familiale au salon du chiot qui bascule en adoption non planifiée

Pour ce premier témoignage, le récit commence à l’automne 2014. Sans emploi et hébergée chez sa mère, l’autrice de ce témoignage se rend dans un salon du chiot par curiosité, sans aucune intention d’acheter. Elle avait pourtant déjà réfléchi au sujet : elle avait pour projet d’accueillir un chien, mais quand elle serait bien installée et stable financièrement. Elle s’était également déjà renseignée sur les frais, l’éducation et les spécificités de certaines races en prévision de ce futur projet.

Sur place, elle croise le regard d’un petit Berger Allemand particulièrement joueur, dans l’enclos d’un élevage. Le coup de cœur est immédiat, mais elle résiste, jusqu’à ce que sa mère insiste pour demander des informations. Ce qui s’ensuit ressemble à une pression progressive : malgré plusieurs refus explicites, formulés devant l’éleveur lui-même, elle finit par céder.

« À trois ou quatre reprises, je dis qu’il ne faut pas l’adopter. À la cinquième demande, je réponds un simple « oui ». »

Les papiers sont signés sur-le-champ et elle repart avec son chiot. Elle n’aura plus jamais aucun contact avec cet élevage par la suite. Les associations de protection animale alertent régulièrement sur le risque accru d’abandon qui accompagne ce type d’adoption décidée sous le coup de l’émotion, sans préparation ni réflexion préalable.

 

Un élevage qui soulève de sérieuses questions

Des signaux d’alerte apparaissent dès les premiers mois. La chienne présente une peur marquée envers ses congénères, sauf avec les autres animaux du foyer, et une réactivité qui ne s’améliorera jamais vraiment, malgré des années de travail éducatif.

Un autre élément interroge : sa morphologie. En grandissant, elle ressemble davantage à un Malinois à poil long qu’à un Berger Allemand. La propriétaire consulte un vétérinaire. Ce dernier confirme qu’il ne peut pas s’agir d’un chien de race pure.

Des années plus tard, la propriétaire cherche des avis en ligne sur l’élevage. Elle découvre qu’elle est loin d’être un cas isolé : de nombreux avis évoquent des problèmes de comportement et de santé chez d’autres chiots issus du même élevage. Une personne s’étant rendue sur place décrit aussi des conditions d’hygiène déplorables et des chiens vivant en permanence en box.

Ce contexte pourrait avoir contribué aux difficultés rencontrées par la chienne : manque de socialisation précoce, sevrage chaotique possible, absence de stimulation dans les premières semaines de vie. Autrement dit, de nombreux facteurs qui conditionnent durablement l’équilibre comportemental d’un chien.

 

Dix ans de culpabilité… et une belle histoire malgré tout

Ce qui frappe dans ce témoignage, c’est l’honnêteté de son autrice. Elle ne cherche pas d’excuse : elle reconnaît avoir manqué de connaissances, de stabilité et d’expérience pour accueillir la chienne dans les meilleures conditions possibles. Elle estime aujourd’hui que certains éléments liés à l’élevage ont pu jouer un rôle dans les difficultés rencontrées.

Pourtant, elle est restée aux côtés de sa chienne pendant dix ans, sans jamais l’abandonner, malgré les obstacles. Ce lien a été noué dans des conditions de départ plus qu’imparfaites, mais il est resté fort jusqu’au bout.

« Elle m’a toujours donné l’impression que l’on s’est mutuellement choisies malgré les circonstances. »

 

Quand un achat en salon du chiot vire au drame en 48 heures

Certaines histoires sont encore plus brutales. En mai, lors d’un autre salon, une famille achète un chiot. Dès le lendemain matin, l’animal présente déjà des signes de maladie évidents. La famille consulte aussitôt un vétérinaire, qui suspecte une parvovirose. Le chiot décède la nuit suivante.

« Au vu du délai extrêmement court entre l’achat et le décès, nous pensons que la maladie était présente avant la vente. »

Cette hypothèse s’appuie sur des données vétérinaires bien documentées. La parvovirose canine, maladie virale hautement contagieuse et souvent mortelle chez les jeunes chiots, a une période d’incubation généralement comprise entre 3 et 7 jours après la contamination. Un chiot qui développe des signes cliniques sévères, ou qui décède dans les 48 heures suivant son acquisition était vraisemblablement, déjà porteur du virus au moment de la vente.

La famille souligne également qu’aucun certificat de bonne santé délivré par un vétérinaire ne leur avait été remis lors de la transaction. Contactée par les propriétaires après le décès, l’éleveuse a exigé un test PCR pour confirmer la parvovirose. Mais l’état du corps du chiot rendait les prélèvements inexploitables.

Un courrier a ensuite été envoyé à l’éleveuse, avec accusé de réception, réclamant une réponse sous 8 jours.

« L’éleveuse a accusé réception de mon courrier, elle devait revenir vers moi sous 8 jours. À ce jour, aucun retour de sa part. »

Face à ce silence, la famille a confié son dossier à un avocat pour engager une procédure. En parallèle, elle indique avoir découvert plusieurs autres témoignages faisant état de situations très similaires, en consultant les avis publics laissés en ligne sur l’élevage concerné. Des chiots seraient tombés gravement malades peu après leur achat lors de salons du même type.

 

Un chiot vendu malade, une éleveuse qui rejette la faute sur la famille

Nous avons reçu un autre témoignage qui concerne l’achat d’un bébé chihuahua, pour la somme de 2 300 euros. Quelques jours à peine après la vente, la famille contacte l’éleveuse, car la petite chienne perd du poids de jour en jour. Pourtant, ses nouveaux maîtres ont scrupuleusement respecté les conseils de l’éleveuse : ils ont racheté la pâtée et les croquettes que l’animal mangeait déjà avant la vente.

Ce soir-là, l’éleveuse ne semble pas particulièrement inquiète et se contente de quelques conseils que les propriétaires qualifieront plus tard de conseils « bidon ». Elle ne reprendra plus jamais contact par la suite.

Face à leur inquiétude grandissante, la famille se rend le soir même chez un vétérinaire de garde. Mais dès le lendemain, la chienne a de nouveau perdu 17 grammes — un chiffre qui peut sembler faible, mais qui est significatif pour cet âge.

Le chihuahua est hospitalisé en urgence. Le diagnostic est sévère : hypoglycémies nécessitant des perfusions de glucose, diarrhées à répétition, convulsions et un cœur qui s’essouffle, tandis que l’animal continue de maigrir. Malgré plusieurs jours de soins intensifs, la chienne ne pourra pas être sauvée.

Lorsque la famille contacte de nouveau l’éleveuse pour l’informer du décès, celle-ci rejette directement la responsabilité sur eux :

« C’est votre faute si elle est morte. »

Des mots reçus alors que la famille avait veillé le chiot nuit et jour pendant une dizaine de jours, et avait tout tenté pour le sauver.

« Quel genre de personne inhumaine fait cela ? », s’interroge encore la famille.

Ce reproche est d’autant plus mal vécu que la famille vit entourée d’animaux depuis l’enfance : elle a déjà élevé plusieurs chiens ayant vécu jusqu’à 15 ans, et possédait déjà, au moment des faits, deux autres chiens de races différentes ainsi que d’autres animaux domestiques. Mais ils n’avaient jamais rencontré une telle situation.

Peu après cet échange, l’éleveuse a bloqué le numéro de téléphone de la famille, une pratique que cette dernière retrouve décrite, presque à l’identique, dans plusieurs avis publiés en ligne par d’autres acheteurs ayant vécu une expérience similaire avec le même élevage.

Déterminée à ne pas en rester là, la famille a conservé l’intégralité des factures et frais vétérinaires, et engage des démarches pour obtenir un dédommagement.

« Je ne mettrai plus jamais les pieds au salon du chiot, et j’irai jusqu’au bout, peu importe le prix à payer, peu importe le temps que cela prendra. »

La famille s’est également rapprochée de plusieurs associations de protection animale, ainsi que d’un groupe de propriétaires au sein duquel certains membres accompagnent des victimes de maltraitance animale et engagent des actions en justice contre des élevages dont les pratiques sont mises en cause.

Ce que ces trois témoignages ont en commun

Point communTémoignage 1Témoignage 2Témoignage 3
Achat décidé le jour même, sans reculOui
Absence de certificat vétérinaire fiable au moment de l’achatConstatée a posterioriOui
Problème découvert après la venteComportemental (peur des congénères)Sanitaire (décès en 48h)Sanitaire (décès après 10 jours)
Éleveur peu réactif ou injoignable après la venteOuiOuiOui
Découverte d’autres avis négatifs similaires en ligneOuiOuiOui

 

Ces trois témoignages, bien que distincts dans leur déroulement, dessinent un constat partagé : le format du salon du chiot, pensé pour faciliter la rencontre entre futurs propriétaires et éleveurs, peut aussi favoriser des achats précipités et rendre plus difficile la vérification des conditions d’élevage et de l’état de santé réel des chiots. Avant toute adoption, quel que soit le cadre, prendre le temps de vérifier les documents, l’historique de l’élevage et les avis existants reste la meilleure protection pour l’acheteur comme pour l’animal.

Témoignages recueillis et anonymisés avec l’accord des personnes concernées. Les noms d’éleveurs, d’élevages et de lieux ont volontairement été retirés.

Vous envisagez d’adopter un animale de compagnie ? Prenez votre temps. Votre futur compagnon mérite mieux qu’un coup de cœur dans un salon. Contactez les refuges et associations !.

 

Chez Argos 42, nous agissons chaque jour en faveur du bien-être des animaux. Vous souhaitez nous soutenir ? Découvrez comment nous aider : vous pouvez adhérer à notre association, faire un don, devenir bénévole, ou partager cet article autour de vous. Des questions ? N’hésitez pas à nous contacter.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Panier

Se connecter

Retour en haut