La bataille législative pour interdire les salons du chiot en France : Argos42 en première ligne

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Depuis l’entrée en vigueur de la loi du 30 novembre 2021 visant à lutter contre la maltraitance animale, la vente de chiens et chats en animalerie est interdite depuis le 1er janvier 2024. Pourtant, une faille majeure subsiste dans le dispositif législatif français : les salons du chiot continuent de prospérer sur l’ensemble du territoire national, avec près de 3 événements organisés chaque week-end. Face à cette situation, plusieurs Propositions de Loi distinctes ont été déposées à l’Assemblée nationale pour combler cette brèche juridique. ARGOS42 fait le point sur ces textes législatifs, leur état d’avancement et les actions de plaidoyer menées pour obtenir leur examen parlementaire.

vente d'animaux dans les salons du chiot

Une anomalie législative qui perdure depuis 2024

La loi n°2021-1539 du 30 novembre 2021 visant à lutter contre la maltraitance animale et conforter le lien entre les animaux et les hommes a marqué une avancée historique en interdisant la vente de chiens et chats dans les animaleries à compter du 1er janvier 2024. Cette mesure visait à mettre fin aux achats impulsifs et à responsabiliser les futurs adoptants en les orientant vers les refuges, les associations de protection animale ou les éleveurs professionnels respectant des normes strictes de bien-être animal.

Cependant, le législateur de 2021 a laissé subsister une exception de taille : les foires et salons restent autorisés à commercialiser des animaux de compagnie. Cette dérogation a créé une situation paradoxale où la France affiche sa volonté de progresser sur le bien-être animal tout en maintenant des événements commerciaux où les conditions de vente sont souvent incompatibles avec le respect du vivant. Les enquêtes ont documenté les dérives régulières de ces manifestations : stress intense pour les animaux, sevrage précoce, contournement du Certificat d’Engagement et de Connaissance, vente de chiots malades ou issus de trafics transfrontaliers.

Le rapport publié par ARGOS42 en décembre 2024 a révélé des chiffres accablants qui ont contribué à accélérer la prise de conscience politique. Selon les 266 témoignages recueillis auprès de particuliers et de professionnels, 47,7% des animaux achetés en salon sont abandonnés dans les jours, semaines ou mois suivant leur acquisition. Plus dramatique encore, 35% des chiots vendus lors de ces événements meurent peu après leur achat, victimes de pathologies non dépistées, de parvovirose ou d’autres maladies contagieuses favorisées par les conditions sanitaires déplorables des salons.

 

Plusieurs Propositions de Loi pour combler la brèche juridique

Face à cette anomalie législative, plusieurs Propositions de Loi ont été déposées à l’Assemblée nationale depuis 2024 pour modifier l’article L. 214-7 du Code rural et de la pêche maritime et interdire la vente de chiens et chats lors de toute manifestation commerciale — qu’elle soit ou non dédiée aux animaux de compagnie. Cette précision juridique est essentielle : elle vise à empêcher tout contournement par les organisateurs qui intégreraient la vente d’animaux dans des événements plus généraux comme des foires agricoles, des marchés de Noël ou des manifestations culturelles.

 

Ces textes s’appuient sur les données les plus récentes produites par le mouvement de protection animale, notamment les conclusions du rapport ARGOS42 de décembre 2024 : 47,7% des animaux achetés en salon sont abandonnés dans les jours, semaines ou mois suivant leur acquisition, et plus de 35% des chiots vendus lors de ces événements meurent peu après leur achat. Ils mettent également en lumière le contournement régulier  du Certificat d’Engagement et de Connaissance — antidaté ou réduit à une simple formalité signée sur place — vidant de son sens l’une des avancées majeures de la loi de 2021.

L’ensemble de ces propositions a été renvoyé à la commission des Affaires économiques. Aucune n’a à ce jour été inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale, condition pourtant indispensable pour qu’elles soient débattues en séance publique puis soumises au vote des députés.

La stratégie de plaidoyer multi-fronts développée par ARGOS42

ARGOS42 intervient activement auprès des niches parlementaires pour qu’un créneau soit dégagé en faveur de l’un de ces textes. L’association a également sollicité la Conférence des présidents de l’Assemblée nationale — instance compétente pour établir l’ordre du jour prioritaire — afin qu’elle inscrive sans délai l’une de ces Propositions de Loi. Ces démarches s’inscrivent dans une stratégie de plaidoyer institutionnel direct, combinée à une mobilisation citoyenne massive, pour transformer l’urgence documentée en volonté politique concrète.

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Le travail de plaidoyer institutionnel direct constitue le premier axe de cette stratégie. ARGOS42 a été auditionnée à l’Assemblée nationale où l’association a présenté ses rapports d’enquête, notamment celui publié en décembre 2024 qui compile 266 témoignages de particuliers et professionnels. Ces auditions permettent d’apporter aux parlementaires des éléments factuels et chiffrés démontrant la nécessité d’une intervention législative urgente. L’association a également engagé des rencontres avec divers parlementaires  pour plaider en faveur de l’inscription prioritaire à l’ordre du jour.

Le soutien aux Questions Écrites et Orales adressées au gouvernement constitue un levier complémentaire. Plusieurs députés, sensibilisés par les actions d’ARGOS42, ont déposé des questions écrites au ministre de l’Agriculture pour les interpeller sur l’absence de réglementation des salons du chiot et sur les violations constatées de la législation en vigueur. Ces questions parlementaires permettent de maintenir la pression politique et d’obtenir des réponses officielles qui peuvent ensuite être utilisées dans le débat public.

La mobilisation citoyenne massive représente le deuxième pilier de la stratégie d’ARGOS42. L’association a lancé plusieurs pétitions ciblées contre des salons spécifiques, recueillant des soutiens impressionnants en très peu de temps. La pétition contre le salon du chiot d’Avignon en 2025 a rassemblé 17 000 signatures, tandis que celle visant le salon de Mâcon a mobilisé 21 000 citoyens. Ces résultats démontrent l’adhésion massive de l’opinion publique aux positions défendues par les associations de protection animale et constituent un argument politique de poids lors des discussions avec les élus.

Les manifestations pacifiques et actions de terrain complètent ce dispositif de mobilisation. En octobre 2025, ARGOS42 a organisé une manifestation à Saint-Étienne lors d’un salon du chiot au Parc des Expositions. Cette action a permis de distribuer des flyers d’information aux visiteurs, d’interpeller les élus locaux présents et d’attirer l’attention des médias régionaux sur les problématiques liées à ces événements. À Toulouse, la mobilisation conduite par ARGOS42 a abouti à une victoire concrète avec l’engagement de la métropole de mettre fin aux salons animaliers commerciaux au Marché d’Intérêt National à partir de 2027.

Les dérives documentées que ces textes visent à corriger

Les Propositions de Loi s’attaquent à des pratiques qui violent systématiquement la législation en vigueur. Les enquêtes menées dans les salons ont révélé des infractions récurrentes à la réglementation sur la protection animale et la consommation.

La vente de chiots non identifiés ou issus de trafics transfrontaliers constitue l’une des violations les plus graves. De nombreux animaux proposés à la vente proviennent d’élevages intensifs situés en Pologne, Hongrie ou Slovaquie, où les conditions de reproduction ne respectent aucune norme de bien-être. Ces chiots sont transportés sur de longues distances dans des conditions sanitaires déplorables, favorisant la propagation de maladies et générant un stress traumatique pour des animaux âgés de seulement quelques semaines.

salon du chiot
© Photo d’illustration PIXABAY

Les conditions de détention lors des salons  peuvent parfois violer les dispositions du Code rural relatives au bien-être animal. Les enquêtes photographiques et vidéo réalisées par les associations montrent des chiots enfermés dans des boxes exigus, sans accès permanent à l’eau, dans une promiscuité excessive favorisant les transmissions pathologiques. L’exposition prolongée au bruit, à la lumière artificielle et à la manipulation continue par des visiteurs non formés génère un niveau de stress incompatible avec les besoins éthologiques de jeunes animaux en pleine phase de développement.

Le contournement du Certificat d’Engagement et de Connaissance constitue une violation flagrante de l’article L. 214-8 du Code rural introduit par la loi de 2021. Ce document vise à garantir que l’acquéreur dispose des informations nécessaires sur les besoins de l’espèce et s’engage à assurer le bien-être de l’animal tout au long de sa vie. Les enquêtes de terrain démontrent que dans les salons, ce certificat est soit antidaté pour contourner le délai de réflexion de sept jours, soit signé sur place sans aucune vérification sérieuse, vidant ainsi de son sens cette obligation légale destinée à prévenir les achats impulsifs.

La vente d’animaux malades ou porteurs de pathologies non dépistées viole les obligations d’information du consommateur et les normes sanitaires applicables au commerce d’animaux vivants. Les témoignages recueillis par ARGOS42 font état de chiots atteints de parvovirose, de gale, de malformations génétiques ou de troubles comportementaux graves qui se manifestent quelques jours après l’achat.

Les raisons du blocage législatif persistant

Malgré l’accumulation de preuves documentées, le soutien croissant de l’opinion publique et la multiplication des initiatives parlementaires, aucune des  Propositions de Loi n’a encore été inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale en mai 2026. Cette situation résulte de plusieurs facteurs politiques et structurels qu’il est essentiel de comprendre pour adapter les stratégies de plaidoyer.

L’agenda parlementaire saturé constitue le premier obstacle. Les députés et le gouvernement doivent traiter en priorité les projets de loi budgétaires, les réformes économiques et sociales considérées comme urgentes, ainsi que les textes européens nécessitant une transposition en droit français. Dans ce contexte, les propositions de loi d’initiative parlementaire sur des sujets considérés comme moins prioritaires, même lorsqu’ils concernent des questions éthiques importantes, peinent à obtenir un créneau de discussion. Le calendrier législatif 2025-2026 a été particulièrement chargé avec les débats sur la transition énergétique et plusieurs textes sécuritaires, ne laissant que peu de place aux questions de protection animale.

Le lobbying exercé par certains acteurs économiques du secteur constitue un frein politique non négligeable. Bien que ces événements ne représentent qu’une part marginale de l’économie de l’élevage canin, leurs organisateurs défendent leur activité en arguant de la défense de l’emploi, du maintien de traditions rurales et de la liberté du commerce. Certains élus locaux, soucieux de préserver des événements qui génèrent de la fréquentation commerciale dans leur territoire, peuvent se montrer réticents à soutenir une interdiction nationale. Cette pression économique, bien que minoritaire face à l’enjeu éthique, parvient parfois à retarder les prises de décision politiques.

 

ARGOS 42 agit pour les droits des animaux

Comment faire progresser ces Propositions de Loi ?

La mobilisation citoyenne et associative reste déterminante pour forcer l’inscription à l’ordre du jour d’au moins l’une de ces  Propositions de Loi. Les associations de protection animale, dont ARGOS42, identifient plusieurs leviers d’action concrets que chaque citoyen peut activer pour contribuer à cette avancée législative.

Le soutien aux pétitions en cours représente un autre levier essentiel.  Chaque signature compte et le partage de ces pétitions sur les réseaux sociaux personnels multiplie leur portée.

Le soutien financier aux associations comme ARGOS42 permet de maintenir et d’intensifier les actions de plaidoyer. Les rencontres avec les parlementaires, la production de rapports d’enquête documentés, l’organisation de manifestations et de campagnes de mobilisation citoyenne nécessitent des ressources humaines et financières importantes. Les dons permettent aux associations de se doter des moyens nécessaires pour mener ce combat sur le long terme et professionnaliser leurs actions de lobbying démocratique.

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Une bataille législative décisive pour l’avenir de la protection animale

Les textes susvisés représentent une opportunité historique pour la France de parachever le dispositif législatif initié par la loi du 30 novembre 2021. Leur adoption mettrait définitivement fin à l’anomalie juridique qui autorise encore la commercialisation d’animaux de compagnie dans des conditions incompatibles avec leur bien-être et enverrait un signal politique fort selon lequel les animaux ne sont pas des marchandises destinées à satisfaire des achats impulsifs.

Les données scientifiques et les témoignages recueillis par les associations démontrent sans équivoque que les salons du chiot constituent un modèle économique fondamentalement incompatible avec le respect du vivant

 Les textes existent, les preuves des dérives sont documentées et accessibles, les solutions juridiques sont identifiées. Il ne manque plus que la volonté politique pour transformer ces textes en lois applicables sur l’ensemble du territoire national.

La mobilisation doit donc se poursuivre et s’intensifier dans les mois à venir. Les associations de protection animale, les citoyens engagés et les parlementaires convaincus de la nécessité de cette réforme doivent conjuguer leurs efforts pour que l’année 2026 marque enfin la fin des salons du chiot en France. Cette victoire législative constituerait une avancée majeure pour la protection animale et confirmerait la place de la France parmi les pays européens les plus engagés en faveur du bien-être des animaux de compagnie.



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