Pendant des années, les associations de protection animale ont alerté sur les souffrances infligées aux chiens par certains outils dits « éducatifs » : colliers étrangleurs, colliers électriques, colliers à pointes… Malgré une proposition de loi votée à l’Assemblée nationale, le Sénat avait bloqué le processus législatif. Beaucoup craignaient que cette avancée n’aboutisse jamais.
Mais le 19 juin 2025, un arrêté ministériel a changé la donne. Publié au Journal officiel, ce texte interdit désormais, pour les professionnels, l’usage et même l’enseignement de méthodes susceptibles d’infliger douleur, stress ou peur aux animaux.
Il s’agit d’une victoire importante pour le bien-être animal et d’un premier pas vers l’abandon définitif des outils coercitifs. Dans cet article, ARGOS 42 revient sur le contenu de ce nouvel arrêté, les implications concrètes pour les professionnels et les prochaines étapes à franchir pour une éducation respectueuse des animaux.
Un contexte parlementaire bloqué, une réponse réglementaire décisive
Il y a encore quelques mois, la perspective d’une interdiction des colliers étrangleurs, électriques et à pointes semblait compromise. Une proposition de loi (PPL) avait bien été adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale, mais son examen avait été suspendu au Sénat, qui refusait de l’inscrire à son ordre du jour.
Face à cette impasse législative, c’est finalement le pouvoir réglementaire qui a tranché. Le 19 juin 2025, un arrêté du ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire a été publié au Journal officiel. Cet arrêté fixe un nouveau cadre sanitaire et de protection animale pour toutes les structures professionnelles en lien avec les animaux de compagnie d’espèces domestiques.
Ce texte concerne les refuges, associations sans refuge, fourrières, élevages, pensions, animaleries, éducateurs et dresseurs d’animaux exerçant à titre commercial.
Ce que dit l’arrêté : un changement profond de paradigme
L’article 14 de cet arrêté constitue un tournant majeur dans la reconnaissance des droits des animaux à ne pas subir des méthodes violentes ou douloureuses. Il précise :
« L’utilisation et l’enseignement de méthodes et outils de nature à infliger aux animaux des blessures, des souffrances, de la douleur, du stress ou de la peur est interdite, dont notamment tout dispositif. »
Cela inclut explicitement :
Les dispositifs piquants (comme les colliers à pointes)
Les dispositifs électriques (comme les colliers de dressage à impulsion)
Les colliers étrangleurs sans boucle d’arrêt
Ces outils, depuis longtemps dénoncés pour leur impact psychologique et physique sur les animaux, sont donc désormais formellement interdits pour tous les professionnels.
Une unique exception est prévue : la perche de capture, qui peut être utilisée en cas de nécessité pour assurer la sécurité des personnes ou des animaux, notamment lors de captures d’animaux errants ou de situations de danger.
Encadrement du port de la muselière
L’arrêté ne se limite pas aux colliers coercitifs. Il encadre également le port de la muselière, souvent utilisée de manière systématique et abusive. Son usage est désormais strictement limité aux situations suivantes :
Sorties hors de l’établissement
Mise en contact avec le public
Première mise en relation avec des congénères
Séances d’éducation ou de rééducation
Manipulations nécessaires pour la réalisation de soins
Ce cadre vise à réduire l’usage systématique des muselières et à promouvoir des pratiques plus respectueuses des besoins comportementaux des animaux.
ARGOS 42 s’est mobilisée pour obtenir ce progrès
L’association ARGOS 42, engagée depuis sa création pour une éducation respectueuse et non violente des animaux, a participé à la mobilisation en faveur de cette interdiction. À travers des prises de position, des échanges avec des acteurs institutionnels, ARGOS 42 a contribué à faire entendre la voix de celles et ceux qui refusent que la douleur soit un outil d’éducation.
Ce résultat est aussi le fruit de longues années de travail menées par de nombreux acteurs : associations, vétérinaires, éducateurs spécialisés en méthodes positives, juristes et citoyens engagés.
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Une avancée significative, mais des enjeux persistants
Si cette décision marque une avancée majeure, elle ne constitue pas une fin en soi. Plusieurs défis demeurent :
1. L’application concrète de l’interdiction
Il est impératif que cette interdiction soit strictement appliquée dans toutes les structures concernées, y compris dans les clubs canins et les centres d’éducation qui continuent, pour certains, d’utiliser ces outils sous couvert d’efficacité ou de tradition.
Le contrôle des pratiques, la formation des intervenants et la sensibilisation des usagers sont désormais des priorités pour que l’arrêté ne reste pas un simple texte, mais devienne une norme de comportement.
2. L’extension de l’interdiction aux particuliers
Aujourd’hui encore, les colliers électriques ou à pointes restent accessibles à la vente libre pour les particuliers. Cela signifie que tout citoyen, même sans formation, peut se procurer et utiliser ces dispositifs sur son animal.
ARGOS 42 appelle les pouvoirs publics à aller plus loin, en interdisant leur commercialisation et leur usage pour tous, professionnels comme particuliers.
3. Un changement culturel à encourager
Au-delà du droit, ce sont les représentations collectives de l’animal et de sa relation à l’humain qu’il faut transformer. Le respect, la compréhension des besoins comportementaux, l’empathie et la bienveillance doivent devenir les piliers de l’éducation et de la cohabitation avec les animaux de compagnie.
Une responsabilité collective
Cet arrêté ne sera pleinement efficace que si chacun prend sa part de responsabilité : professionnels, particuliers, collectivités, vétérinaires, éducateurs, citoyens engagés. L’éducation positive et respectueuse ne doit plus être une option alternative, mais un standard obligatoire.
Chez ARGOS 42, nous poursuivons notre mission de sensibilisation, d’information et de plaidoyer pour une société qui traite les animaux avec considération et dignité.
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