Chiens militaires : l’Europe alimente-t-elle la guerre ?
Les défenseurs de la protection animale, telle que l’association ARGOS42, dénoncent le recours aux animaux en tant qu’armes de guerre, qualifiant ce procédé de violation morale. Si la guerre affecte des vies humaines, les animaux, employés comme instruments militaires, ne sont pas épargnés.
Depuis plusieurs années, des chiens dressés en Europe sont exportés vers des zones de conflit, notamment vers Israël. Dans le contexte de la guerre à Gaza, ces animaux sont utilisés par l’armée comme outils d’intervention, parfois dans des opérations impliquant des civils.
D’après l’organisation Euro-Med Human Rights Monitor [l’Observatoire euro-méditerranéen des droits de l’homme], 146 attaques de chiens de guerre auraient été recensées depuis octobre 2023.
Pour ARGOS42, comme pour de nombreux défenseurs des animaux, transformer des animaux en armes est un véritable scandale.

L’utilisation de chiens militaires comme armes est une violation des droits de l’Homme
Attaques de chiens de guerre : le témoignage d’Amani
Selon l’Agence Média Palestine, Amani Hashash, une habitante palestinienne, raconte qu’en février 2023, des militaires israéliens seraient arrivés dans un camp de réfugiés, en Cisjordanie, et seraient entrés chez elle.
Les soldats auraient été accompagnés d’un chien malinois belge dressé pour les opérations militaires. Ce dernier se serait jeté sur son fils alors âgé de trois ans. Elle aurait supplié les soldats de rappeler leur chien à l’ordre, mais sans succès. Son fils aurait été gravement blessé et conduit à l’hôpital en urgence.
L’armée israélienne n’a pas souhaité s’exprimer sur cette affaire. Ces faits n’ont pas été confirmés par une enquête indépendante, mais ce témoignage recueilli sur le terrain, illustre l’utilisation de chiens dans les conflits.
Des attaques en hausse
Les chiens sont dressés pour se ruer sur la première personne qu’ils rencontrent. L’ONU affirme que cela constitue une violation des droits de l’Homme.
L’Oketz (l’unité canine israélienne) maintient qu’elle ne se sert de ces chiens qu’en cas d’opérations antiterroristes. Mais, selon plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme à Gaza et en Cisjordanie, le recours à ces animaux pour attaquer des civils s’est amplifié depuis le début du conflit.
De leur côté, les associations caritatives dénoncent un nombre élevé de chiens tués lors de ces opérations militaires. Le docteur Jonathan Balcombe, expert en comportement animal, a déclaré :
« Il n’est pas éthique de transformer des chiens, qui sont des créatures naturellement sociales, en instruments d’agression utilisés dans des guerres qui sont uniquement causées par les humains ». [3]
Le rôle de l’Union européenne dans l’exportation de chiens militaires
L’exportation européenne en quelques chiffres
Mais alors, quel est le rôle de l’Union européenne dans ces opérations ?
L’Oketz a comptabilisé 70 chiens de guerre et a déclaré que 99 % proviennent d’élevages européens, principalement des Pays-Bas et d’Allemagne.
Selon le Centre de recherches sur les multinationales aux Pays-Bas, l’Autorité néerlandaise de sécurité des aliments et des produits de consommation a délivré 110 certificats vétérinaires entre octobre 2023 et février 2025, nécessaires à l’exportation de chiens vers Israël.
Parmi ces certificats, 100 ont été accordés à Four Winds K9, un centre de dressage de chiens de police situé dans le village néerlandais de Geffen. L’entreprise a refusé de commenter ces exportations.
Des pays dans le flou
De son côté, la société allemande Diensthunde.eu à confirmer avoir exporté des malinois belges et des bergers allemands vers Israël entre 2020 et 2024. Elle affirme toutefois qu’ils étaient destinés à la détection d’explosifs et de stupéfiants, non à des opérations offensives.
De nombreux pays européens impliqués
Mais les Pays-Bas et l’Allemagne ne sont pas les seuls pays à envoyer des chiens en Israël. L’Agence de santé animale et végétale (APHA) a indiqué que 294 chiens ont été transférés du Royaume-Uni vers Israël en tant qu’animaux de compagnie entre février 2022 et décembre 2024. En revanche, elle précise qu’elle ne connaît pas leur race et ignore à quoi ils ont été destinés.
D’autres pays, tels que la Belgique et la République tchèque, participent également à ces exportations, tout en affirmant ignorer la destination militaire de ces animaux.
L’Union européenne se présente comme un modèle en matière de bien-être animal. Pourtant, elle continue de jouer un rôle dans l’instrumentalisation des chiens comme armes de guerre.
Une réglementation européenne à revoir
Richard Falk, ancien rapporteur spécial des Nations Unies, estime que les entreprises européennes devraient mettre un terme à l’exportation de chiens vers Israël, car elles se rendent complices de violations des droits de l’homme.
De son côté, la Commission européenne admet autoriser ces envois, car les chiens militaires ne sont pas classés comme armes ou biens à double usage. Les États membres ne sont donc pas tenus de demander des licences d’exportation et de tenir des registres.
Face à cela, Amnesty International réclame que l’utilisation de chiens contre des civils soit encadrée par le droit international, au même titre que les armes conventionnelles.
L’inaction de l’Union européenne
Une question écrite visant à régulariser la situation de ces chiens militaires a été posée au Parlement européen le 10 juillet 2025. Cependant, aucune mesure concrète n’a été prise depuis. Patrick Wilcken, spécialiste des questions militaires et de sécurité à Amnesty International, déclare :
« Il existe un risque évident que ces exportations contribuent à promouvoir des pratiques qui violent le droit international et les droits de l’homme. Les entreprises et les États devraient donc se demander sérieusement si leurs activités sont liées à des actes illégaux commis par Israël. »
Les réclamations d’ARGOS42 concernant les chiens de guerre en Israël
Notre association de protection animale, ARGOS42, est profondément indignée par la situation dans laquelle se retrouvent ces chiens, utilisés comme instruments de guerre. Nous refusons toute forme d’exploitation animale, quelle qu’en soit la justification. Qu’ils soient utilisés dans des laboratoires, des arènes ou des zones de guerre, les chiens demeurent des êtres sensibles, victimes de décisions humaines.
Nous demandons à la Commission européenne et les eurodéputés d’intervenir de toute urgence pour défendre les droits des animaux. Dans le cadre de notre plaidoyer, nous avons d’ailleurs interpellé plusieurs parlementaires européens afin qu’ils prennent position sur ce sujet, notamment pour :
- Confirmer que l’utilisation de ces chiens comme armes et leur déploiement dans les zones de guerre va à l’encontre du principe fondamental du respect de l’animal, doté de sensibilité conformément à l’Article 13 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) : « L’Union et les États membres tiennent pleinement compte des exigences du bien-être des animaux en tant qu’êtres sensibles […] »
- interdire les exportations d’animaux ainsi que l’usage de chiens militaires dans le cadre du commerce des armes
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Sources :
- https://www.theguardian.com/global-development/2025/jun/12/weapons-war-israel-europe-dogs-joint-investigation
- https://casebook.icrc.org/a_to_z/glossary/indiscriminate-attacks
- https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/E-10-2025-002814_FR.html
- https://agencemediapalestine.fr/blog/2025/06/17/comment-leurope-fournit-a-israel-des-chiens-de-guerre/
Note de la rédaction :
Cet article n’a pas pour objectif de prendre position sur un conflit géopolitique, mais de dénoncer l’exploitation et la souffrance des animaux dans les contextes de guerre, quel que soit le pays concerné.


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